Je n’y mets (presque) jamais les pieds et pourtant, aujourd’hui, je suis allée chez Carrefour. Moi, l’adepte de Monop’, de sa surface modérée et de ses petits rayons bien rangés, j’ai franchi les portes du palais de l’hyper consommation. A l’origine de cet écart aussi brusque que soudain : mon fils. En pleurs à la sortie de l’école, parce que non seulement il a perdu sa capuche, mais en plus (et surtout), on lui a volé ses Cartes.
Attention, pas n’importe quelles cartes. Les incontournables Cartes DreamWorks offertes par Carrefour à chaque passage en caisse, que sa nounou bienveillante lui avait données. LE phénomène de la rentrée dans les cours d’écoles. Objet de toutes les convoitises des enfants de moins de 12 ans et sujet de toutes les tractations récréatives. Parce que, bien sûr, il ne s’agit pas d’en avoir quelques unes. Il faut les avoir toutes. Et prier pour que maman mette dans son caddie les fameux produits qui permettent de décrocher le jackpot en caisse. Certaines têtes blondes vont même jusqu’à éplucher le catalogue du mois pour les inscrire sur la liste de courses.
Alors ce soir, devant le désarroi de mon petit bout, la fibre ménagère qui est en moi s’est mise à vibrer de manière incontrôlable. Non, je n’ai pas expliqué à mon fils que ces morceaux de cartons stupides n’étaient en fait qu’une monstrueuse opération commerciale, menée par une encore plus monstrueuse enseigne de distribution. Non, il ne m’a pas suppliée d’aller chez Carrefour pour en avoir d’autres, puisqu’il ne sait même pas ce qu’est Carrefour. Non, je n’ai pas honte d’avoir redonné le sourire à mon fils avec mes 30 paquets récoltées à l’issu de mon commando spécial Cartes. Ni d’avoir acheté deux bûches de chèvre grand format parce que chacune rapporte 3 paquets supplémentaires. Ni d’avoir récupéré ceux que ma voisine de caisse m’a gentiment donnés sur le parking.
Mais oui, je dois être une des rares personnes qui se laissent recruter par une opération destinée prioritairement à fidéliser. Et en toute connaissance de cause qui plus est. C’est simple, j’aurais pu écrire le brief. Mais je salue l’efficacité redoutable de cette mécanique pourtant si banale. Et qui me démontre une nouvelle fois quelle accro incorrigible je suis à tous ces dispositifs opérationnels, alors même que je les vois venir à 10 kilomètres. C’est comme ça, je suis une preuve vivante que ça marche. Et j’adore cette idée. Allez, demain je vais chez Auchan ! Ils font la même chose, mais sous la licence Disney…
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